"Le parfum" Patrick SÜSKIND
Hier soir, devant le poste de télévision, je suis « tombée » par hasard sur un film… Le Parfum !
Je connaissais le livre de Patrick Süskind mais je ne savais pas qu’un film en avait été tiré. Je n’ai pas
encore rouvert le livre, je reste avec mon souvenir.
Autant le film a une assez belle esthétique, rend plutôt bien les contrastes du 18ièmesiècle entre les quartiers populaires sombres et sales et les quartiers riches aux larges avenues et passants enchapeautés, enrubannés et parfumés mais il ne peut rendre les descriptions superbes faites par Patrick Süskind de la puanteur et des parfums, toutes ces odeurs d’alors. Notre nez actuel « hygiénisé », ne supporte plus les miasmes, relents et remugles, odeurs crues ou fermentées, fortement capiteuses ou sucrées; il supporte mieux la légère âcreté voilée d’odeurs artificiellement « fleuries » d’un désodorisant d’ambiance que la force des effluves d’une côtelette d’agneau avec ses traces de suint…
Dans « le parfum », l’histoire commence à Paris par une naissance à l’étal d’une poissonnière, on passe par les rues, les bassins d’un tanneur, le laboratoire d’un parfumeur… puis ces sont les montagnes du centre de la France pour arriver enfin à Grasse au milieu des champs de fleurs… où l’aventure sublime éclora pour révéler complètement son mystère à Paris. Ce n’est pas qu’une histoire de puanteur et de parfum, d’assassinat et de meurtre (dont le premier est accidentel) mais la quête obstinée et désespérée d’un solitaire idéaliste.
Je reprends le livre pour vous livrer ce passage qui, pour moi, est superbe et… m’a fait pleurer de rire la première fois que l’ai lu (quand je parle de ce livre chez moi à des amis qui ne le connaissent pas, je veux leur lire ce passage mais doit souvent m’interrompre à cause de mon fou rire et de leurs airs ébahis. Voici :
"A l'époque dont nous parlons, il régnait dans les villes une puanteur à peine imaginable pour les modernes que nous sommes. Les rues puaient le fumier, les arrières-cours puaient l'urine, les cages d'escalier puaient le bois moisi et la crotte de rat, les cuisines le chou pourri et la graisse de mouton ; les pièces d'habitation mal aérées puaient la poussière renfermée, les chambres à coucher puaient les draps graisseux, les courtes-pointes moites et le remugle pacre des pots de chambre. Les cheminées crachaient une puanteur de souffre, les tanneries la puanteur de leurs bains corrosifs, et les abattoirs es la puanteur du sang caillé. Les gens puaient la sueur et les vêtements non lavés ; leurs bouches puaient les dents gâtées, leurs estomacs puaient le us d'oignons, et leurs corps, dès qu'ils n'étient plus tout jeunes, puaient le vieux fromage et le lait aigre et les tumeurs éruptives. Les rivières puaient les places puaient, les églises puaient. Le paysan puait comme le prêtre, le compagnon tout comme l'épouse de son maître artisan, la noblesse puait du haut jusqu'en bas, et le roi lui-même puait, il puait comme un fauve, et la reine comme une vieille chèvre, été comme hiver."
Auteur : Patrick SUSKIND
Traducteur : Bernard Lortholary
Editeur : FAYARD
Collection : Littérature Etrangère
(sur la photo, l'édition de France Loisirs)