Les quatre bacheliers

Publié le par Barulaïre

               C’est peu fréquent mais aujourd’hui, en début d’après-midi, j’ai regardé la télévision. Dans  une émission, des parents venaient parler de leurs difficultés à assumer la condamnation d’un de leurs enfant (parfois pour des délits très graves tels la pédophilie, la consommation et le trafic de drogues dures, incendie involontaire ayant entraîné la mort d’une personne…)
               Autant je compatis à la peine des victimes et de leurs proches autant je compatis aussi à la peine des familles des coupables. Ceci n’est pas simple.
               A entendre ces témoignages, je pensais à cette magnifique chanson de Georges BRASSENS, les quatre bacheliers. 
               A méditer.

Les quatre bacheliers

Nous étions quatre bacheliers
Sans vergogne,
La vraie crème des écoliers,
Des écoliers.

Pour offrir aux filles des fleurs,
Sans vergogne,
Nous nous fîmes un peu voleurs,
Un peu voleurs.

Les sycophantes du pays,
Sans vergogne,
Aux gendarmes nous ont trahis,
Nous ont trahis.

Et l'on vit quatre bacheliers
Sans vergogne,
Qu'on emmène, les mains liées,
Les mains liées.

On fit venir à la prison,
Sans vergogne,
Les parents des mauvais garçons,
Mauvais garçons.

Les trois premiers pères, les trois,
Sans vergogne,
En perdirent tout leur sang-froid,
Tout leur sang-froid.

Comme un seul ils ont déclaré,
Sans vergogne,
Qu'on les avait déshonorée,
Déshonorés.

Comme un seul ont dit "C'est fini,
Sans vergogne,
Fils indigne, je te renie,
Je te renie."

Le quatrième des parents,
Sans vergogne,
C'était le plus gros, le plus grand,
Le plus grand.

Quand il vint chercher son voleur
Sans vergogne,
On s'attendait à un malheur,
A un malheur.

Mais il n'a pas déclaré, non,
Sans vergogne,
Que l'on avait sali son nom,
Sali son nom.

Dans le silence on l'entendit,
Sans vergogne,
Qui lui disait: "Bonjour, petit,
Bonjour petit."

On le vit, on le croirait pas,
Sans vergogne,
Lui tendre sa blague à tabac,
Blague à tabac.

Je ne sais pas s'il eut raison,
Sans vergogne,
D'agir d'une telle façon,
Telle façon.

Mais je sais qu'un enfant perdu,
Sans vergogne,
A de la corde de pendu,
De pendu,

A de la chance quand il a,
Sans vergogne,
Un père de ce tonneau-là,
Ce tonneau-là.

Et si les chrétiens du pays,
Sans vergogne,
Jugent que cet homme a failli,
Homme a failli.

Ça laisse à penser que, pour eux,
Sans vergogne,
L'Evangile, c'est de l'hébreu,
C'est de l'hébreu.


Un peu dans la même veine, compassion, pardon, il y a aussi celle-ci :

L’assassinat

C'est pas seulement à Paris
Que le crime fleurit,
Nous, au village, aussi, l'on a
De beaux assassinats.

Il avait la tête chenue
Et le coeur ingénu,
Il eut un retour de printemps
Pour une de vingt ans.

Mais la chair fraîche, la tendre chair,
Mon vieux, ça coûte cher.
Au bout de cinq à six baisers,
Son or fut épuisé.

Quand sa menotte elle a tendue,
Triste, il a répondu
Qu'il était pauvre comme Job.
Elle a remis sa robe.

Elle alla quérir son coquin
Qui’avait l'appât du gain.
Sont revenus chez le grigou
Faire un bien mauvais coup.

Et pendant qu'il le lui tenait,
Elle l'assassinait.
On dit que, quand il expira,
La langue elle lui montra.

Mirent tout sens dessus dessous,
Trouvèrent pas un sou,
Mais des lettres de créanciers,
Mais des saisies d'huissiers.

Alors, prise d'un vrai remords,
Elle eut chagrin du mort
Et, sur lui, tombant à genoux,
Elle dit: "Pardonne-nous!"

Quand les gendarmes sont arrivés,
En pleurs ils l'ont trouvée.
C'est une larme au fond des yeux
Qui lui valut les cieux.

Et le matin qu'on la pendit,
Elle fut en paradis.
Certains dévots, depuis ce temps
Sont un peu mécontents.

C'est pas seulement à Paris
Que le crime fleurit,
Nous, au village, aussi, l'on a
De beaux assassinats.
 
 Analyse Brassens : ici les chansons sont analysées d'une façon tout à fait intéressantes ; à voir :
- Les quatre bachelies : http://www.analysebrassens.com/?page=texte&id=98&%23
- L'asassinat : http://www.analysebrassens.com/?page=texte&id=81&%23

Publié dans Coups de coeur

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